G.U.F., 2012, sérigraphie, XX x XX cm, édition : lecteur.club, 40 exemplaires

« Alfred Hitchcock : Il faut que nous parlions du MacGuffin !

François Truffaut : Le MacGuffin, c’est le prétexte, c’est ça ?

A. H. : C’est un biais, un truc, une combine, on appelle cela un « gimmick ». Alors, voilà toute l’histoire du MacGuffin. Vous savez que Kipling écrivait fréquemment sur les Indes et les Britanniques qui luttaient contre les indigènes sur la frontière de l’Afghanistan. Dans toutes les histoires d’espionnage écrites dans cette atmosphère, il s’agissait invariablement du vol des plans de la forteresse. Cela, c’était le MacGuffin. MacGuffin est donc le nom que l’on donne à ce genre d’action : voler… les papiers, voler… les documents, voler… un secret. Cela n’a pas d’importance en réalité et les logiciens ont tort de chercher la vérité dans le MacGuffin. Dans mon travail, j’ai toujours pensé que les « papiers », ou les « documents », ou les « secrets » de construction de la forteresse doivent être extrêmement importants pour les personnages du film mais sans aucune importance pour moi, le narrateur. Maintenant, d’où vient le terme MacGuffin ? Cela évoque un nom écossais et l’on peut imaginer une conversation entre deux hommes dans un train. L’un dit à l’autre : « Qu’est- ce que c’est que ce paquet que vous avez placé dans le filet ? » L’autre : « ah ça ! C’est un MacGuffin. » Alors le premier : « Qu’est-ce que c’est, un MacGuffin ? » L’autre : « Eh bien, c’est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes Adirondak. » Le premier : « Mais il n’y a pas de lions dans les Adirondak. » Alors l’autre conclue : « Dans ce cas, ce n’est pas un MacGuffin. » Cette anecdote vous montre le vide du MacGuffin…

F. T. : Très intéressant !

A. H. : Un phénomène curieux se produit invariablement lorsque je travaille pour la première fois avec un scénariste, il a tendance à porter toute son attention sur le MacGuffin et je dois lui expliquer que cela n’a aucune importance. […] Lorsque nous construisions le scénario des Trente-neuf marches, nous nous sommes dit, complètement à tort, qu’il nous fallait un prétexte très grand parce qu’il s’agissait d’une histoire de vie et de mort. À ce moment, nous pensions que le MacGuffin devait être grandiose. Mais plus nous réfléchissions, plus nous abandonnions chacune de ces idées au profit de quelque chose de beaucoup plus simple.

F. T. : On pourrait dire que, non seulement le MacGuffin n’a pas besoin d’être sérieux, mais encore qu’il gagne à être dérisoire, comme la petite chanson d’Une femme disparaît ? […] Il doit y avoir une espèce de loi dramatique quand le personnage est réellement en danger, en cours de route, la survie du personnage principal devient tellement préoccupante que l’on oublie complètement le MacGuffin.
[…]

A. H. : Exact ! »

Alfred Hitchcock, François Truffaut, Hitchcock/Truffaut, Ramsay, 1984